Ne rien faire – Rincon Del Mar

Il nous restait un défi, comme une ultime frontière à franchir, soit apprivoiser l’art de ne rien faire. Attention, nous avons à plusieurs reprises durant ce voyage pris des pauses et dans notre vie, il nous est arrivé de nous reposer. Notre quête était ailleurs. Ne vraiment rien faire pendant 17 jours, juste rester là et vivre. Pour ça, il fallait trouver un lieu à la hauteur de notre anti-projet. Un endroit beau et inspirant, avec un minimum de services, mais pas encore trop développé sur le plan touristique. Ça a l’air facile dit de même, mais ça ne l’est pas tant que ça. Il y a plus d’un an, nos recherches nous avaient orientées vers Rincon Del Mar, un tout petit village de pêcheurs à environ 30 minutes de San Onofre et deux heures de Cartagena. Comme un Playa del Carmen il y a 35 ans. On a fait notre choix, trouvé notre point de chute et on n’a pas regretté.

Cependant, en une seule année, la situation a beaucoup évoluée et on sent déjà que d’ici à 2 ou 3 ans, ce sera tout un autre univers. La route est nouvellement asphaltée entre la ville de San Onofre et village. Lors de notre passage, les équipes étaient mobilisées pour implanter la nouvelle ligne électrique à grande puissance. La plage est désormais cordée de petits hôtels, restaurants et bar. Il n’y a pour ainsi dire plus de bateaux de pêcheurs, tous convertis en bateau de transport de touristes. Et ici aussi, on a été à même de le constater en direct, la plage est peu à peu grugée par la mer. En un an, elle a fondu de presque la moitié. Durant notre séjour, elle a perdu pas loin de deux pieds en raison d’un phénomène de grandes marées ou de la hausse du niveau de la mer, qui sait ? Les gens sont gentils et relativement accueillants, mais on sent une certaine fatigue. Comme s’ils étaient contents d’améliorer leur sort économiquement, tout en ayant la nostalgie de leur village d’avant. Ça donne comme un adolescent en mutation. On retrouve encore beaucoup du petit garçon naïf et mignon tout en ne le sentant pas tout à fait l’aise dans son nouveau corps. Comme à la croisée des chemins. Est-ce qu’il réussira à traverser l’âge ingrat pour devenir un adulte beau et fort duquel tout le monde voudra dire que c’est un peu grâce à lui ? Est-ce qu’il va mal virer au point où on se dira tous : pourtant il était si adorable petit, qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Néanmoins, pour l’heure, l’endroit est toujours charmant, tranquille et il n’y a encore vraiment pas grand-chose à faire que de rester là à regarder la mer.

Nous séjournons dans une maison, entre gite et hôtel, directement sur la plage, avec le coucher de soleil devant nous tous les soirs. La grosse vie sale ! Nous occupons une grande chambre climatisée de nuit au deuxième étage et qui donne aussi sur la mer. Je crois qu’au retour, je vais chercher le bruit des vagues dans ma montagne. Le premier étage est un très grand espace commun avec une immense cuisine moderne et très bien équipée. Des espaces pour manger, lire, jouer aux cartes et même jouer au foot ! On ouvre la porte, on fait 10 pas et on est sous notre pergola de feuilles de palmiers, confortablement assis sur des chaises face à la mer. On peut se déplacer vers la pointe, si on veut un peu plus d’intimité, faire une excursion plage d’une journée dans une des petites iles autour ou aller se baigner de nuit dans le plancton bioluminescent. On peut aussi faire une balade dans les mangroves. Presque tout le monde vient pour 2 à 5 jours et a fait le tour. La face de tous ceux à qui on a dit qu’on s’installait ici pour 17 jours valait 50 000 $C ! Qui dit pension, dit autres résidents. C’est d’ailleurs l’aspect que j’ai le plus aimé de notre séjour, le mélange des gens. La plupart des colombiens, de différentes régions, mais aussi des Argentins, des Anglais et des Français. Beaucoup de Français ! Aparté, un genre de tourbillon, entre promotion formelle et bouche-à-oreille, a créé un arrivage soutenu d’habitants de l’hexagone de passage ou installés pour de bon. Ça change l’ambiance sonore, mais ça donne aussi des restaurants différents comme Che !, Pizza Delicat’Jess et Harry. J’ai plus discuté en espagnol, avec les résidents et Karen en charge de la pension, en 15 jours que durant tout notre voyage ! Merci à vous : Louis de Paris, Andres et son chum de Cucuta, Fanny et David de Bogota, Luis, Carolina, Chloe et Lola de Buenos Aires, Norma et Jon de Cali, le groupe de femmes de Barichara avec Diana la reine des abeilles et surtout Filipe et Sara de Medelin de nous avoir accueillis dans vos vies quelques jours et ouvert les yeux sur votre coin de pays. Merci aussi à Fredis, le mari de Karen, pour son intervention rapide au vinaigre quand Léonard a été lâchement attaqué par une maudite grosse méduse mala agua sur les deux jambes. Va falloir revenir, tous ces gens nous ont personnellement invités à les visiter !

Le village est encore très modeste et tranquille. Une rue principale en terre et quelques petites rues transversales. Il y a plusieurs restaurants et bar, surtout sur la plage, qui ne sont pas toujours affichés comme tel. On peut aussi se faire offrir de cuisiner pour nous et nous apporter le tout à la maison. L’électricité est parfois absente de jour, le réseau internet ni puissant ni fiable, les distractions limitées. La grande paix quoi ! Au début, ça donne un peu le vertige quand on est habitué d’avoir le contrôle et tout à proximité. Après un certain temps, comme nous le pensions et le souhaitions, on pogne un autre rythme. On grapille quelques fruits au marchand du coin. On cuisine des choses simples. On profite des vendeurs ambulants sur la plage, comme cette femme merveilleuse qui passait presque tous les après-midi avec des biscuits de coco comme des genres de chaussons à la fibre et au lait de coco sublime pour 1 500 $C, soit 50 sous. On va se gâter dans un des restos. On fait des expéditions pour le gros bidon d’eau au 3 jours, sous le regard amusé des locaux et on vit à la puissance 1000. Du reste, on n’est pas trop en décalage avec les locaux qui ont comme principale activité de détente de s’installer à l’ombre pour regarder passer les gens. Comme au Québec, on veille à balconville !

La moyenne d’âge est d’environ… 8 ans ? Selon Louis, quand il n’y a rien à faire, et selon moi quand on est dans un pays catholique pratiquant, ça a un effet très positif sur la natalité. Il y a des enfants partout, au plus grand plaisir de Léonard qui a enfin retrouvé des copains de jeu plus intéressants que nous deux. Ils sont aussi tous positivement adorables, souriants, joueurs, espiègles et maîtres de la plage. Un petit bonhomme de l’âge de Léo nous a d’ailleurs préparé nos drinks au bar de plage. Les petits entre 1 et 3 ans sont mes favoris, je ne me lasserai jamais de les regarder. Je voulais en ramener un en souvenir, mais selon Léonard, ce serait interdit. 

L’achat d’un ballon de soccer au Costa Rica aura aussi grandement contribué à nouer des liens. Il a développé une très belle amitié avec Santiago, le fils de 10 ans de Karen. Les images de leurs matchs 2 contre 2 dans le lobby ou en groupe sur la plage, l’attaque des grosses vagues ou cette fois à chanter à tue-tête des chansons traditionnelles comme l’hymne de Rincon Del Mar me resteront gravées en mémoire longtemps. Surtout le moment où Léo a tenté de leur faire chanter en écho la Ziguezon. Un moment d’anthologie ! Je vais aussi me rappeler notre deuxième matin quand, vers 7h, j’ai été réveillée par des petits cognements à la porte de notre chambre au deuxième étage. J’ouvre à moitié endormie pour découvrir deux petites faces avec de très grands sourires et les mains tendues qui me disent : El balon ? Depuis, on le laisse en bas.

On aura réussi à ne rien faire et à se reposer presque complètement avant de se mettre en route pour le voyage de retour. Le décompte est maintenant amorcé. Dans moins de sept dodos, on sera chez nous. Célia Cruz aura été la trame de notre projet, Patrice Michaud la trame de notre départ et pour le retour… J’hésite entre JP Ferland : Je reviens chez-nous, Charlebois : Je reviendrai à Montréal ou Ariane Moffatt : Montréal. Que voulez-vous, il y a un grand manque de tounes de retour à Stoneham-et-Tewkesbury !

7 réflexions sur “Ne rien faire – Rincon Del Mar”

  1. Monique Lalande

    C’est toujours avec joie que je te retrouve! Cette fois-ci dans la totale farniente…ou presque.. j’imagine le bruit des vagues, la chaleur sur la peau , la fraîcheur de l’eau? Les repas, a la fois différents et réconfortants et les couchers de solei..c’est pas rien faire que de contempler tout ça jour après jours…
    Malheureusement, j’espérais aller vous accueillir avec Claire à Dorval, mais elle a un souper vendredi et je ne conduis plus le soir sniff sniff… on se verra peut-être pendant le mois de mars…
    D’ici là, profitez bien de chaque instant! Mo🥰🥰🥰

  2. Merci pour ces magnifiques chroniques, vivantes, colorées et drôles. Des petits morceaux de ce quotidien d’aillers, pleins d’humanité qui nous racontent votre aventure carnavalesque, avec ses hauts et ses bas. Mais aussi l’histoire des coins de pays et celle des gens qui y vivent, avec leur cuture, leurs traditions, leur langue et leurs spécialités culinaires. Tellement vrai et touchant. Aux antipodes de ces croisières polluantes qui se tiennent loin des gens et de la nature, enfermés dans leur palace aseptisé. Je vais être tellement heureuse de vous revoir mais ces chrniques vont me manquer! comme les vidéos de Louis.

  3. Je suis en retard… je viens de lire cette chronique « ultime »…
    Comme on sent bien le plaisir et la douceur de ce dernier séjour! Comme si c’était maintenant le bouquet final qui donne son sens à tout ce qui a précédé… Comme si c’était là que vous avez trouvé ce que vous étiez venus y chercher!
    J’ai adoré toutes tes chroniques, mais celle-là encore plus… J’ai même eu les larmes aux yeux quand tu as raconté ton 2e matin!…
    MERCI pour avoir partagé avec nous, de loin en loin, cette magnifique aventure!
    Et maintenant, je vais voir la vidéo!🥰🥰🥰

  4. Le rythme paresseux des vagues, la douceur des couchers de soleil, le calme train-train du village… tout appelle à la farniente. Hummmmm…

  5. Monique Lalande

    Je dis bis au commentaire de Suzanne…j’entends la mer…je sens la chaleur…j’imagine les couchers de soleil et je goûte (presque) les fruits et les jus tropicaux..merci à vous de nous avoir permis de vous suivre tout au long de votre aventure!

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