S’établir – Playa Del Carmen

Nous y voilà enfin! Notre projet visait à explorer et à revenir aux sources. Playa del Carmen n’a certes plus rien du village de pêcheurs qui nous a tant charmé alors que nous séjournions sous la tente. C’est aujourd’hui une très grande ville et une destination touristique importante, mais c’est encore pour nous, un tout petit peu, revenir à la maison. C’est aussi un point de chute incomparable pour rayonner dans la région.

Nous avions réservé depuis plus d’un an notre lieu de résidence ici. Les réservations pour les séjours long terme durant le temps des fêtes dans une ville où le tôt d’occupation est de 93% demandent de la préparation. On avait donc retenu un logement assez près du centre avec climatisation, une petite piscine et une terrasse. Pour 1 000$, avec le rabais d’un mois. On le savait qu’on avait un méchant bon deal. Quelques mois avant le départ un premier avertissement, simplement pour nous aviser que des travaux étaient en court dans l’édifice voisin et que le bruit pouvait nous déranger. On a pris note et un peu rigolé aussi, puisque selon nous le Mexique au complet est en perpétuels travaux. Un mois avant notre arrivée, un autre message toujours sur le ton de l’information pour nous réitérer les travaux et le bruit possible. Et puis, la semaine avant notre arrivée, en pleine zénitude Zipolitéene, mais néanmoins occupés à réconforter notre petit voyageur déboussolé, le ton a drastiquement changé. Les travaux sont incessants, le bruit infernal et là une pression plus claire pour que nous annulions. Nous avons tenu notre bout, aucune mention de travaux ou de bruit n’apparaissait dans les commentaires récents et on n’avait pas vraiment d’autres choix. Trois jours avant notre arrivée… le drame! Notre hôte nous informe que seulement notre appartement venait d’être touché par une destruction partielle et qu’il était impossible de nous recevoir. Disculpe por favor ? Et oui, le coup du j’invente un cas de force majeure pour me débarrasser des locataires et relouer au plus offrant ! On a donc passé nos deux derniers jours de vacances à se battre, avec l’hôte et le soutien clientèle Airbnb. Au début pour honorer notre réservation et ensuite pour sortir au plus sacrant des griffes du pas beau avec le moins de dommages. Au final, on ne s’en est pas trop mal sorti. Nous avons déniché à l’arraché un studio regroupant les principales caractéristiques après au moins une centaine de ligne à l’eau. On était un peu plus loin du centre, mais vraiment sur la route de tous les transports collectifs et à 5 minutes de marche d’un des grands centres d’achats des locaux avec un méga Chedraui.

Nous voici donc revenu dans la ville après plus de 15 ans. Première surprise, quand même digne de mention, il n’y plus vraiment de plage à Playa del Carmen. Il y a un bord de mer, un peu de sable et sur une portion, un renflement qu’on peut nommer plage. Tout a été grugé par les ressacs, les ouragans, les gros bateaux, les hôtels et probablement pleins d’autres raisons. C’est quand même un peu troublant, quand on a connu les plages blanches interminables et l’eau turquoise à perte de vue. La ville a aussi énormément grandi. C’est un euphémisme, en fait elle a explosé ! Et comme ce n’est pas une vieille ville, ça donne une ville carré avec des rues sans beaucoup de charme. On aura quand même réussi à retrouver certains points de repère comme le meilleur restaurant de poulet Asadero el Pollo pareil que dans nos souvenirs au coin de la Calle 2 et Avenida 20! Ça goûte encore le bonheur pour un repas complet de 4 personnes à 20$ avec les boissons! Nous y avons d’ailleurs invité mon amie Josée et sa famille pour un Noël tropical un peu avant le temps.

Comme nous étions ici pour un mois, on a pris un peu plus le temps de s’installer et de faire des provisions. Ça nous a permis aussi de cuisiner un peu plus et de retrouver du réconfort culinaire avec la cuisson d’une sauce à spag presque comme à la maison, de bouillons de poulet (avec les asad-os) et même d’un presque pâté chinois déconstruit. Nous avons trouvé un terrain de sport avec piste de course et investi dans l’achat d’un ballon de Football en caoutchouc pour se faire des passes et on a fait l’école malgré la grève. Nous nous sommes fondu dans la masse des locaux. Nous avons fait quelques sorties en dehors de la vile, pour voir au moins les classiques : Tulum, Puerto Morelos, Akumal et au moins un cenote. Reste que nous avons pas mal plus fait de siestes, de centre d’achats, de parties de cartes sur la terrasse et de visite à la foire de la place municipale de la Navidad qu’autre chose. Léonard avait vraiment besoin de retrouver un peu de routine et nous avions besoin de nous refaire une santé. J’ai beaucoup pensé à la question que ma collègue Myriam m’a posée avant de quitter : Qu’est-ce que tu veux vraiment le plus faire ou voir, c’est quoi ton incontournable ? Ma réponse avait été… rien ! Juste que nous restions une famille. Que ce voyage on le fasse ensemble. C’était plus important pour moi que de voir les flamants roses de Celestùn ou les ruines de machin truc. Je crois que pour un aussi long voyage, de surcroit à plusieurs, il faut accepter de faire le deuil du voyage rêvé pour se laisser guider par le voyage réel. Les dernières semaines n’ont pas été faciles, mais elles ont quand même été !

Reste que nous aurons eu de bons de moments et pleins de petites aventures à défaut de grandes. Réveillon aux fajitas rouge-vert-blanc, spag de Noël et soirée du 31 branchés en direct du Québec avec un VPN européen! Du patin, sur une presque patinoire digne de ce nom, sous un chapiteau à 30 degrés. Un spectacle de la troupe locale d’expression corporelle au Teatro de la ciudad de Solidaridad. Beaucoup de trajets épiques en colectivos et en autobus de ville dont un mémorable sur la calle Luis Donaldo Colosio avec un chauffeur clairement adepte de la franchise Rapide et dangereux ! Un repas dans une mini Taqueria découverte par hasard où le petit Manuel 4 ans, vraiment investi dans son rôle de serveur, nous a fait un service 5 étoiles sous le regard amusé et attendri de sa maman. Il a eu droit à sa propina à lui tout seul de 5 MX$ et il était trop heureux. Un premier Tostitolocos ultra garni. Une foire ambulante et son taureau mécanique du démon. La redécouverte de faire son lavage en groupe et la découverte de la meilleure Lavanderia automatica MayaLav sur la calle 18 un peu en haut de la 30. Surtout des gens vraiment gentils, polis et accueillants partout dès qu’on sort du centre touristique. N’hésitez pas la prochaine fois que vous voyagez, explorez plus loin que la portion connue.

Nous avons fait nos adieux après un mois de sédentarité et deux mois dans ce beau pays. Comme vous le savez maintenant, j’adore observer les gens et les us. C’est mon activité favorite en voyage. Je vous laisse donc mon top 10 bien personnel de découvertes sur le peuple mexicain:

1. La mayonnaise et les cocos, ça ne va simplement jamais au réfrigérateur. À savoir si ce sont eux qui sont imprudents ou nous qui sommes un peu trop prudents, qui sait. Nous n’avons pas été malade en tout cas ! Les mexicains ont aussi la curieuse habitude de changer souvent d’idée à l’épicerie et de camoufler les items dans les endroits les plus saugrenus. Une très grosse dinde congelée dans le frigo à boissons gazeuses, des cubes de bouillon de poulet dans les paquets de gomme, des bobettes dans les bananes. Ça n’arrête jamais et ça me fait toujours autant rire ! Aussi, sans dire que c’est le bordel complet dans les épiceries, les items sont là où on trouve de la place, même si l’étiquette de prix sur la tablette indique un autre article à un autre prix. On se fait avoir quelques fois et ensuite on comprend pourquoi tout le monde fait la queue à la machine à scan qui donne les prix !

2. Les mexicains sont très friands de grignotines. Ils grignotent tout le temps. Ils consomment des noix, des bonbons, des fruits, des grillons et surtout des chips variés en collation, et même en repas, en y ajoutant tout un assortiment de sauces et d’épices. Le record sur une seule table à un kiosque de chips ? 72 assaisonnements qui semblaient tous différents à mes yeux de néophyte.

3. On fait souvent la promotion ou la recherche de produits avec un haut-parleur sur le toit d’une voiture ou en criant dans la rue. Que ce soit pour vendre des produits de boulangerie, annoncer une danse à venir, présenter un candidat aux élections, les ferrailleurs à Mexico, le gaz à Puebla. Ça donne à chaque ville une ambiance sonore particulière. Il y a même un musée des sons de ville à Mexico.

4. Le peuple mexicain est fier et coquet. Les seuls personnes aux cheveux en batailles qui se promènent en gougounes et shorts sont des touristes. On se lave, on se coiffe et on s’habille quand on sort dans le monde, peu importe l’occasion et sa condition. Aussi, dans l’espace public en tous cas, les mexicains ne fument pas. Aucun mexicain avec cigarette au bec pendant nos deux mois.

5. Les mexicains sont joueurs. Ils aiment les lotos, les roulettes de prix, les arcades, mais SURTOUT les boîtes où ont doit tenter de pêcher une bébelle avec une grue. Elles sont partout et il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses.

6. Les mexicains sont presque tous de petite taille, de bonne ossature, foncé de peau et de cheveux. Cependant à la télé ils sont tous grands, minces, très pâles et châtains aux yeux bleus… sauf les personnages de serviteurs !

7. Nous n’avons pas visité le Mexique profond. Il y a surement des régions qui sont encore très peu ouvertes. Néanmoins, nous avons constaté une réelle évolution sur l’acceptation de la diversité. Nous avons vu des gays et des lesbiennes ouvertement en couple, même des adolescents, dans tous les endroits que nous avons visité sans que ça semble attirer l’attention de qui que ce soit.

8. Moins que chez les anglais, je vous l’accorde, mais clairement plus qu’à Québec : on respecte les piétons et les passages de piétons. Playa del Carmen est aussi de plus en plus amie des vélos et a son réseau Bici Playa de vélos en partage.

9. Au Mexique, on se passe le bonjour ! Partout dans les commerces et les services, mais aussi dans les transports en commun et sur la rue on salue avec la formule appropriée au moment de la journée. Buenos dìas, buenas tardes et buenas noches. Cependant l’heure précise du changement de la formule reste parfois difficile à cibler et est variable d’une région à l’autre.

10. Le Mexique est toujours en construction, en déconstruction et en réparation. La gestion des travaux et des chantiers se fait encore à l’ancienne, à la main et selon une logique que nous ne serons jamais capables de vraiment expliquer. Il faut toujours être un peu vigilant quand on se déplace. Un trou, un fil électrique, une broche de métal, un bloc de béton est si vite arrivé ! Le concept d’équipements de protection est aussi très peu présent. Nous avons assisté à des travaux sur des balcons très minces et sans garde au 10e étage. Ça choque un peu la fibre CNESST !

12 réflexions sur “S’établir – Playa Del Carmen”

  1. Toujours un plaisir de vous lire, on a hâte de vous rencontrer à Santa Marta, on fait du repérage pour une belle terrasse à l’ombre! Je viens d’acheter une petite guitare cheap pour les fins de soirées sur le balcon.

  2. Un vrai bonheur de suivre vos péripéties et de vous voir glisser sagement du voyage rêvé au voyage réel. Et d’y prendre un plaisir serin. J’aime bien ta chronique d’observation à la Chantal Lamarre. Les images sont magnifiques, Louis. Tout y est: de l’océan sublime au gros lézard en passant par les ruines, les fêtes foraines , la baignade dans le cénote et les petits bonheurs de Léonard. Merci!!!

  3. Allo Véronique!
    C’est Josée qui nous a donné ce lien. Je fus très heureuse de lire cet article sur Playa Del Carmen. Mon copain, sa fille, ses parents et moi y avons séjournés en Airbnb l’été dernier. Beaucoup de souvenirs! Je m’ennuie des croustilles bien garnies, des Tacos de El Fogon et de mes virées chez Cedraui! Profitez-bien!

    1. Je suis heureuse que ça te plaise et d’avoir de tes nouvelles! Effectivement El Fogon, plusieurs emplacements maintenant, est toujours un bon plan. Au plaisir de vite retrouver en avril!

  4. Merci pour ces images ensoleillées et ce récit plein de vie… C’est un peu comme si on y était… et ça nous éloigne un moment de la neige et du verglas… Et bis aux commentaires de Suzanne ci-dessus.
    J’ai déjà hâte au suivant!

  5. Tellement intéressant de vous lire et regarder vos images! Beau partage de tâches mes amis. Ce fut tellement agréable de vous avoir croisé dans un endroit qui vous est si familier. Vous nous avez permis de goûter à ce fabuleux pollo dans un resto très fréquenté par les locaux, ce fut au beau moment ❤.
    Nouvelles destinations, nouvelles aventures, on vous les souhaite douces et juste assez épicées 🌶
    Prenez le temps de bien savourez par vos papilles, vos yeux et votre coeur.

    1. Un merveilleux moment pour nous aussi Josée, tu ne sais pas à quel point mon amie. Je commence à avoir hâte de vous retrouver tous, même la job commence à me manquer.

  6. Je suis curieuse . Êtes vous allé voir l’appartement que vous aviez loué en premier pour vérifier ce que vous avait votre locuteur? Votre espagnol se porte bien ? Et quelle est la grosseur moyenne des moustiques 😂 et oui ça fait rêver 😘

    1. Oui on est allé et l’immeuble à côté était effectivement en construction, mais rien de catastrophique. Nous avions fait écrire un ami de Karl, pour savoir si le logement était disponible, et pas de problème… à 3 fois le prix de nous. On a laissé tout ça entre les mains de Airbnb et on a libéré notre esprit des mauvaises ondes. Nuestro español es mejor, pero no tanto como pensábamos. On va devoir se pratiquer avec Tia Clara et nos autres amis du Sud. Les moustiques sont, sauf exceptions, inexistants. Je crois qu’on traîne dans des coins trop secs pendant la saison sèche. Il y a cependant beaucoup d’oiseaux et de lagardo pour s’en occuper!

  7. Ah!!! Que c’est agréable de lire du Véro and the family show! Je suis bien heureuse de voir que vous allez bien! Bonne suite de périple ! Ge xxx

  8. Christian Chavot

    Toujours un plaisir de lire les chroniques autant immersives (on croirait être avec vous) que distanciées dans la description
    Et les images sont effectivement magnifiques (et elles permettent de mettre une visualisation sur le texte qu’on vient de lire
    Bonne suite 😘 (je sais j’ai du retard mais je me rattrape 😅)
    xxx

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